Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec


NOTES COMPLEMENTAIRES

 

La certitude et le bien-fondé de sa mission, son authenticité, l’étendue de l’œuvre qu’il avait à remplir, ainsi que le choix de son successeur, furent toujours, pour Allan Kardec, l’objet d’une préoccupation attentive. Pour que le lecteur puisse se faire une idée de l’importance que le maître attachait à ces questions, je crois utile de reproduire ici les notes, ci-après, extraites de ses œuvres posthumes.

Henri Sausse

 

30 avril 1856 Chez M. Roustan, Médium Mlle Japhet

Première révélation de ma mission

« Je suivais depuis quelque temps les séances qui avaient lieu chez M. Roustan, et j’y avais commencé la vérification de mon travail qui devait plus tard former "Le Livre des Esprits". Dans une séance intime, à laquelle n’assistaient que sept à huit personnes, on s’entretenait de différentes choses, relatives aux événements qui pouvaient amener une transformation sociale, lorsque le médium, saisissant la corbeille à bec, écrivit spontanément ce qui suit : Quand le bourdon sonnera, vous le laisserez seulement vous soulagerez votre semblable : individuellement vous le magnétiserez afin de le guérir. Puis, chacun à son poste préparé, car il faudra de tout, puisque tout sera détruit, surtout pour un instant. Il n’y aura plus de religion, et il en faudra une, mais vraie, grande, belle et digne du Créateur... Les premiers fondements en sont déjà posés... Toi, Rivail, ta mission est là. (Libre, la corbeille se retourna de mon côté comme l’aurait fait une personne qui m’aurait désigné du doigt.) A toi M... l’épée qui ne blesse pas, mais qui tue ; contre tout ce qui est, c’est toi qui viendras le premier. Lui Rivail, viendra le second c’est l’ouvrier qui reconstruit ce qui a été démoli.

 

Nota : Ce fut la première révélation positive sur ma mission, et j’avoue que lorsque je vis la corbeille se diriger brusquement vers moi, et me désigner nominativement, je ne pus me défendre d’une certaine émotion. »

 

7 mai 1856 Chez M. Roustan, Méd. Mlle Japhet

Ma mission

Demande (à Hahnemann) : « L’autre jour les Esprits m’ont dit que j’avais une mission importante à remplir, et m’en ont indiqué l’objet ; je désirerais savoir si vous la confirmez ? »

Rép. : « Oui, et si tu interroges tes aspirations, tes tendances, et l’objet presque constant de tes méditations, cela ne doit pas te surprendre. Tu dois accomplir ce que tu as rêvé depuis longtemps ; il faut que tu y travailles activement pour être prêt, car le jour est plus proche que vous ne pensez. »

Dem. -. « Pour accomplir cette mission telle que je la conçois, il faut des moyens d’exécution qui sont encore loin de moi. »

Rép. : « Laisse la Providence faire son oeuvre, et tu seras satisfait. »

 

12 juin 1856 Chez M. C..., Méd. Mlle Alice C.

Ma mission

Demande (à la Vérité) : « Bon Esprit, je désirerais savoir ce que vous pensez de la mission qui m’a été assignée par quelques Esprits ; veuillez me dire, je vous prie, si c’est une épreuve pour mon amour-propre. J’ai sans doute, vous le savez, le plus grand désir de contribuer à la propagation de la vérité, mais, du rôle de simple travailleur à celui de Missionnaire en chef, la distance est grande, et je ne comprendrais pas ce qui pourrait justifier en moi une telle faveur, de préférence à tant d’autres qui possèdent des talents et des qualités que je n’ai pas. »

Rép. : « Je confirme ce qui t’a été dit, mais je t’engage à beaucoup de discrétion si tu veux réussir. Tu sauras plus tard des choses qui t’expliqueront ce qui te surprend aujourd’hui. N’oublie pas que tu peux réussir, comme tu peux faiblir; dans ce dernier cas un autre te remplacerait, car les desseins de Dieu ne reposent pas sur la tête d’un homme. Ne parle donc jamais de ta mission ; ce serait le moyen de la faire échouer. Elle ne peut être justifiée que par l’œuvre accomplie, et tu n’as encore rien fait. Si tu l’accomplis, les hommes sauront le reconnaître tôt ou tard eux-mêmes, car c’est aux fruits qu’on reconnaît la qualité de l’arbre. »

Dem. : « Je n’ai certes nulle envie de me targuer d’une mission à laquelle je crois à peine moi-même. Si je suis destiné à servir d’instrument pour les vues de la Providence, qu’elle dispose de moi; dans ce cas je réclame votre assistance et celle des bons Esprits pour m’aider et me soutenir dans ma tâche. »

Rép. : « Notre assistance ne te fera pas défaut, mais elle serait inutile si, de ton côté, tu ne faisais pas ce qui est nécessaire. Tu as ton libre arbitre ; c’est à toi d’en user comme tu l’entends ; aucun homme n’est fatalement contraint de faire une chose[1]. »

 

6 mai 1857 Chez Madame de Cardone

La tiare spirituelle

« J’avais eu occasion de voir aux séances de M. Roustan Mme de Cardone. Quelqu’un me dit, je crois que c’est M. Carlotti, qu’elle avait un talent remarquable pour lire dans la main, je n’ai jamais cru à la signification des lignes de la main, mais j’ai toujours pensé que ce pouvait être pour certaines personnes douées d’une sorte de seconde vue un moyen d’établir un rapport qui leur permettait, comme aux somnambules, de dire parfois des choses vraies. Les lignes de la main ne sont qu’un prétexte, un moyen de fixer l’attention, de développer la lucidité, comme le sont les cartes, le marc de café, les miroirs dits magiques, pour les individus qui jouissent de cette faculté. L’expérience m’a plus d’une fois confirmé la vérité de cette opinion. Quoi qu’il en soit, cette dame m’ayant engagé à aller la voir, je me rendis à son invitation, et voici le résumé de ce qu’elle me dit:

Vous êtes né avec une grande abondance de ressources et de moyens intellectuels... force extraordinaire de jugement... votre goût s’est formé, gouverné par la tête, vous modérez l’inspiration par le jugement, vous assujettissez l’instinct, la passion, l’intuition, à la méthode, à la théorie. Vous avez toujours eu le goût des sciences morales... Amour du vrai absolu... Amour de l’art défini. Votre style a du nombre, de la mesure, de la cadence ; mais parfois vous échangeriez un peu votre précision pour de la poésie. Comme philosophe idéaliste, vous avez été assujetti aux opinions d’autrui ; comme philosophe croyant vous éprouvez maintenant le besoin de faire secte. Bienveillance judicieuse ; besoin impérieux de soulager, de secourir, de consoler, besoin d’indépendance. Vous vous corrigez bien doucement de la promptitude de l’emportement de votre humeur. Vous êtes singulièrement propre à la mission qui vous est confiée, car vous êtes plus fait pour devenir le centre de développements immenses que capable de travaux isolés... vos yeux ont le regard de la pensée. Je vois ici le signe de la tiare spirituelle... il est très prononcé... regardez. » (Je regardai et ne vis rien de particulier.)

Dem. : « Qu’entendez-vous, lui dis-je, par tiare spirituelle ? Voulez-vous dire que je serai pape ? Si cela devait être, ce ne serait certainement pas dans cette existence.

Rép. : « Remarquez que j’ai dit tiare spirituelle, ce qui veut dire autorité morale et religieuse et non pas souveraineté effective. »

 

J’ai rapporté purement et simplement les paroles de cette dame qu’elle m’a transcrites elle-même ; il ne m’appartient pas de juger si elles sont de tous points exactes ; j’en reconnais quelques-unes pour vraies, parce qu’elles sont en rapport avec mon caractère et les dispositions de mon esprit; mais il est un passage évidemment erroné, c’est celui où elle dit, à propos du style, que j’échangerais parfois un peu ma précision pour de la poésie, je n’ai aucun instinct poétique ; ce que je recherche par dessus tout, ce qui me plaît, ce que j’estime dans les autres, c’est la clarté, la netteté, la précision, et loin de sacrifier celle-ci à la poésie, on pourrait plutôt me reprocher de sacrifier le sentiment poétique à la sécheresse de la forme positive. J’ai toujours préféré ce qui parle à l’intelligence à ce qui parle à l’imagination.

Quant à la tiare spirituelle, le "Livre des Esprits" venait de paraître ; la doctrine était à son début, et l’on ne pouvait encore préjuger de ses résultats ultérieurs ; je n’attachai que peu d’importance à cette révélation, et je me bornai à en prendre note à titre de renseignement.

Cette dame quitta Paris l’année suivante, et je ne la revis que huit ans plus tard, en 1866 ; les choses avaient fait bien du chemin dans cet intervalle. Elle me dit : vous rappelez-vous ma prédiction de la tiare spirituelle ? La voilà réalisée. - Comment la voilà réalisée ? Je ne suis pas, que je sache, sur le trône de Saint Pierre. - Non, aussi n’est-ce pas ce que je vous ai annoncé. Mais n’êtes-vous pas, de fait, le chef de la doctrine reconnue par les spirites du monde entier ? Ne sont-ce pas vos écrits qui font loi? Vos adeptes ne se comptent-ils pas par millions ? Est-il un homme dont le nom ait plus d’autorité que le vôtre en fait de Spiritisme ? Les titres de Grand Prêtre, de pontife, de pape même ne vous sont-ils pas spontanément donnés ? C’est surtout par vos adversaires, et par ironie, je le sais, mais ce n’en est pas moins l’indice d’une grande influence qu’ils vous reconnaissent ; ils pressentent votre rôle, et ces titres vous resteront. En somme, vous avez conquis, sans la chercher, une position morale que personne ne peut vous enlever, car, quelques travaux que l’on puisse faire après vous ou concurremment avec vous, vous n’en serez pas moins le fondateur reconnu de la doctrine. Dès ce moment vous possédez donc en réalité la tiare spirituelle, c’est-à-dire la suprématie morale. Vous voyez donc que je suis dans le vrai. Croyez-vous maintenant un peu plus aux signes de la main ? - Moins que jamais, et je suis convaincu que si vous avez vu quelque chose, ce n’est pas dans ma main, mais dans votre propre Esprit, et je vais vous le prouver.

J’admets dans la main, comme dans le pied, les bras et les autres parties du corps, certains signes physiognomoniques ; mais chaque organe présente des signes spéciaux selon l’usage auquel il est affecté et sur ses rapports avec la pensée ; les signes de la main ne peuvent être les mêmes que ceux des pieds, des bras, de la bouche, des yeux, etc. Quant aux plis intérieurs de la main, leur plus ou moins d’accentuation tient à la nature de la peau et au plus ou moins d’abondance du tissu cellulaire, et comme ces parties n’ont aucune corrélation physiologique avec les organes des facultés intellectuelles et morales, elles ne peuvent en être l’expression. En admettant même cette corrélation, elles pourraient fournir des indices sur l’état présent de l’individu, mais ne sauraient être des signes de présages des choses futures, ni d’événements passés indépendants de la volonté. Dans la première hypothèse, je comprendrais à la rigueur qu’à l’aide de ces linéaments on pût dire qu’une personne possède telle ou telle aptitude, tel ou tel penchant, mais le plus vulgaire bon sens repousse l’idée qu’on puisse y voir si elle a été mariée ou non, combien de fois, et combien elle a eu d’enfants, si elle est veuve ou non, et autres choses semblables, comme le prétendent la plupart des chiromanciens.

Parmi les plis de la main, il en est un bien connu de tout le monde, et qui figure assez bien un M ; s’il est fortement marqué, c’est, dit-on, le présage d’une vie malheureuse ; mais le mot malheur est français et l’on oublie que le mot équivalent ne commence pas par la même lettre dans toutes les langues ; d’où il suit que ce pli devrait affecter une forme différente selon la langue des peuples.

Quant à la tiare spirituelle, c’est évidemment une chose spéciale, exceptionnelle, et en quelque sorte individuelle, et je suis convaincu que vous n’avez trouvé ce mot dans le vocabulaire d’aucun traité de chiromancie. Comment donc vous est-il venu à la pensée ? Par l’intuition, par l’inspiration, par cette sorte de prescience inhérente à la double vue que beaucoup de personnes possèdent sans s’en douter. Votre attention était concentrée sur les linéaments de la main, vous avez appliqué l’idée à un signe dans lequel une autre personne aurait vu toute autre chose, et auquel vous auriez attribué une signification différente chez un autre individu. »

 

17 janvier 1857 Chez M. Baudin Méd. Mlle Baudin

Première annonce d’une nouvelle incarnation

L’esprit avait promis de m’écrire une lettre à l’occasion de la nouvelle année ; il avait, disait-il, quelque chose de particulier à me dire et lui ayant demandée dans une des réunions ordinaires, il dit qu’il la donnerait dans l’intimité au médium qui me la transmettrait. Voici la lettre :

Cher ami, je n’ai pas voulu t’écrire mardi dernier devant tout le monde, parce qu’il est certaines choses qui ne peuvent se dire qu’entre nous. Je voulais d’abord te parler de ton ouvrage, celui que tu fais imprimer (Le Livre des Esprits venait d’être mis sous presse). Ne te donne pas tant de mal soir et matin: tu t’en porteras mieux et l’ouvrage ne perdra pas pour attendre.

D’après ce que je vois, tu es capable de mener ton entreprise à bonne fin, et appelé à faire de grandes choses ; mais n’exagère rien ; vois et apprécie tout sainement et froidement ; ne te laisse pas entraîner par les enthousiastes et les trop pressés ; calcule tous tes pas et toutes démarches afin d’arriver à coup sûr. Ne crois pas plus que tu ne vois ; ne détourne pas la tête de tout ce qui te paraît incompréhensible ; tu en sauras plus qu’un autre, parce qu’on te mettra les sujets d’étude sous les yeux.

Mais hélas ! La vérité ne sera pas encore connue ni crue de tous avant bien longtemps ! Tu ne verras dans cette existence que l’aurore du succès de ton oeuvre ; il faut que tu reviennes, réincarné dans un autre corps, compléter ce que tu auras commencé et alors tu auras la satisfaction de voir en pleine fructification la semence que tu auras répandue sur la terre.

Tu auras des envieux et des jaloux qui chercheront à te dénigrer et à te contrecarrer ; ne te décourage pas ; ne t’inquiète pas de ce qu’on dira ou fera contre toi ; poursuis ton oeuvre ; travaille toujours au progrès de l’humanité et tu seras soutenu par les bons Esprits tant que tu persévéreras dans la bonne voie. Te souviens-tu qu’il y a un an j’ai promis mon amitié à ceux qui, pendant l’année, auraient été convenables dans toute leur conduite ? Eh bien ! Je t’annonce que tu es un de ceux que j’ai choisis entre tous. »

Ton ami qui t’aime et te protège, Z...

 

Remarque : J’ai dit que Z n’était pas un Esprit supérieur, mais très bon et très bienveillant. Peut-être était-il plus avancé que ne pourrait le faire supposer le nom qu’il avait pris ; on peut le supposer à en juger par le caractère sérieux et la sagesse de ses communications selon les circonstances. A la faveur de ce nom, il pouvait se permettre un langage familier approprié au milieu où il se manifestait, et dire, ce qui lui arrivait souvent, de dures vérités sous la forme légère de l’épigramme. Quoi qu’il en soit, j’ai toujours conservé de lui un bon souvenir et de la reconnaissance pour les bons avis qu’il m’a donnés et l’attachement qu’il m’a témoigné. Il a disparu avec la dispersion de la famille Baudin, et avait dit qu’il devait bientôt se réincarner.

 

24 janvier 1860 Chez Mad. Forbes ; Méd. Mad. Forbes

Durée de mes travaux

« Selon mon appréciation, j’estimais qu’il me fallait encore environ dix ans pour terminer mes travaux, mais je n’avais fait part de cette idée à personne. Je fus donc très surpris de recevoir d’un de mes correspondants de Limoges une communication obtenue spontanément dans laquelle l’Esprit, parlant de mes travaux, disait que j’en avais bien encore pour dix ans avant de les terminer.

Dem. (A la Vérité) : « Comment se fait-il qu’un Esprit se communiquant à Limoges, où je ne suis jamais allé, ait dit précisément ce que je pensais sur la durée de mes travaux ? »

Rép. : « Nous savons ce qu’il te reste à faire et, par conséquent, le temps approximatif qu’il te faut pour l’achever. Il est donc tout naturel que des Esprits l’aient dit à Limoges et ailleurs pour te donner une idée de la portée de la chose par le travail qu’elle exige. Cependant le terme de dix ans n’est pas absolu; il peut être prolongé de quelques années par des circonstances imprévues et indépendantes de ta volonté. »

Remarque (écrite en décembre 1866) : J’ai publié quatre volumes de fond sans parler des choses accessoires. Les Esprits me pressent de publier la Genèse en 1867, avant les troubles. Pendant la période de grande perturbation je devrai travailler aux livres complémentaires de la doctrine qui ne pourront paraître qu’après la grande tourmente, et pour lesquels il me faut bien de trois à quatre ans. Cela nous porte au plus tôt en 1870, c’est-à-dire à environ 10 ans.

 

12 avril 1860 Chez M. Dehau Méd. M. Crozet

Communication spontanée obtenue en mon absence

Ma mission

« Par sa fermeté et sa persévérance, votre Président a déjoué les projets de ceux qui cherchaient à détruire son crédit, à ruiner la Société, dans l’espoir de porter un coup fatal à la doctrine. Honneur à lui! Qu’il sache bien que nous sommes avec lui, et que les Esprits sages seront heureux de pouvoir l’assister dans sa mission. Combien y en a-t-il qui voudraient remplir l’ombre de cette mission, car ils recevraient l’ombre des bienfaits dont elle est la cause !

Mais cette mission est périlleuse, et pour l’accomplir il faut une foi et une volonté inébranlables ; il faut aussi de l’abnégation et du courage, pour braver les injures, les sarcasmes, les déceptions, et ne pas s’émouvoir de la boue jetée par l’envie et la calomnie. Dans cette position, le moins qui puisse arriver, c’est d’être traité de fou et de charlatan. Laissez dire, laissez penser à l’aise : tout n’a qu’un temps, excepté la félicité éternelle. Tout vous sera compté, et sachez bien qu’il est nécessaire pour être heureux d’avoir contribué au bonheur des pauvres êtres dont Dieu a peuplé votre terre. Que votre conscience reste donc dans le repos et la sérénité ; c’est l’avant-coureur du bonheur céleste. »

 

15 avril 1860 Marseille, Méd. M. Georges Genouillat

Communication transmise par M. Brion Dorgeval

Avenir du Spiritisme

 législation si souvent contraire aux « Le Spiritisme est appelé à jouer un rôle immense sur la terre ; c’est lui qui réformera la lois divines ; cdu Christ devenue, dans les mains ’est lui qui rectifiera les erreurs de l’histoire ; c’est lui qui ramènera la religion des prêtres, un commerce et un vil trafic ; il instituera la véritable religion, la religion naturelle, celle qui part du cœur et va droit à Dieu, sans séteindra à jamais l’athéisme et le ’arrêter aux franges d’une soutane, ou au marchepied d’un autel. Il matérialisme auxquels certains hommes ont été poussés par les abus incessants de ceux qui se disent les ministres de Dieu, prêchent la charité avec une épée dans chaque main, sacrifient à leur ambition, et à ldomination des droits les plus ’esprit de sacrés de l’humanité. » Un esprit.

 

10 juin 1860 Chez moi, Médium Mad. Schmidt

Mon retour

 Dem. (A la Vérité) : « Je viens de recevoir une lettre de Marseille par laquelle on me dit qu’au séminaire de cette ville on s’occupe sérieusement de l’étude du Spiritisme et du Livre des Esprits. Qu’en faut-il augurer ? Est-ce que le clergé prendrait la chose à cœur ? »

Rép. : « Tu ne peux en douter; il prend la chose très à cœur, car il en prévoit les conséquences pour lui, et ses appréhensions sont grandes. Le clergé, surtout la partie éclairée du clergé, étudie le Spiritisme plus que tu ne le crois; mais ne pense pas que ce soit par sympathie ; il y cherche au contraire les moyens de le combattre, et je t’assure qu’il lui fera une rude guerre. Ne t’en inquiète pas ; continue d’agir avec prudence et circonspection ; tiens-toi en garde contre les pièges qui te seront tendus ; évite soigneusement, dans tes paroles et dans tes écrits, tout ce qui pourrait fournir des armes contre toi. Poursuis ta route sans crainte, et si elle est semée d’épines, je t’assure que tu auras de grandes satisfactions avant de revenir "un peu" parmi nous. »

Dem. : « Qu’entendez-vous par ces mots "un peu" ?

Rép. : « Tu ne resteras pas longtemps parmi nous ; il faut bien que tu reviennes terminer ta mission qui ne peut être achevée dans cette existence. Si c’était possible, tu ne t’en irais pas du tout, mais il faut subir la loi de la nature. Tu seras absent pendant quelques années, et quand tu reviendras, ce sera dans des conditions qui te permettront de travailler de bonne heure. Cependant il y a des travaux qu’il est utile que tu termines avant de partir ; c’est pourquoi nous te laisserons le temps nécessaire pour les achever. »

Remarque : En supposant approximativement la durée des travaux qui me restent à faire, et en tenant compte du temps de mon absence et des années de l’enfance et de la jeunesse, jusqu’à l’âge où un homme peut jouer un rôle dans le monde, cela nous reporte forcément à la fin de ce siècle ou au commencement de l’autre.

 

 

22 décembre 1861 Chez moi ; communication particulière ; Méd. M. d’A.

Mon successeur

 «Une conversation avec les Esprits ayant amené à parler de mon successeur dans la direction du Spiritisme, je posai la question suivante :

Dem. : «Parmi les adeptes, beaucoup s’inquiètent de ce que deviendra le Spiritisme après moi, et se demandent qui me remplacera quand je partirai, attendu qu’on ne voit personne se dessiner d’une manière notoire pour en prendre les rênes. Je réponds que je n’ai pas la prétention d’être le seul être indispensable ; que Dieu est trop sage pour faire reposer l’avenir d’une doctrine qui doit régénérer le monde sur la vie d’un homme; que d’ailleurs il m’a toujours été dit que ma tâche est de constituer la doctrine et qu’il me sera donné le temps nécessaire. Celle de mon successeur sera donc plus facile, puisque la route sera toute tracée, et qu’il lui suffira de la suivre. Néanmoins, si les Esprits jugeaient à propos de me dire quelque chose de plus positif à ce sujet, je leur en serais reconnaissant. »

Rép. : «Tout cela est rigoureusement vrai ; voici ce qu’il nous est permis de te dire de plus. Tu as raison de dire que tu n’es pas indispensable : tu l’es aux yeux des hommes parce qu’il était nécessaire que le travail d’organisation fût concentré dans les mains d’un seul pour qu’il y ait unité ; mais tu ne l’es pas aux yeux de Dieu. Tu as été choisi, voilà pourquoi tu es seul ; mais tu n’es pas, comme tu le sais, du reste, le seul capable de remplir cette mission ; si elle était interrompue pour une cause quelconque, Dieu ne manquerait pas de sujets pour te remplacer. Ainsi quoi qu’il arrive, le Spiritisme ne peut péricliter. Jusqu’à ce que le travail d’élaboration soit achevé, il est donc nécessaire que tu sois seul en évidence, parce qu’il fallait un drapeau autour duquel on pût se rallier ; il fallait qu’on te considérât comme indispensable, pour que l’œuvre sortie de tes mains ait plus d’autorité dans le présent et dans l’avenir ; il fallait même que l’on conçût des craintes pour les suites de ton départ.

Si celui qui doit te remplacer était désigné d’avance, l’œuvre non encore achevée pourrait être entravée; il se formerait contre lui des oppositions suscitées par la jalousie ; on le discuterait avant qu’il ait fait ses preuves ; les ennemis de la doctrine chercheraient à lui barrer le chemin, et il en résulterait des schismes et des divisions. Il se révélera donc quand le moment sera venu.

Sa tâche sera rendue plus facile, parce que, comme tu le dis, la route sera toute tracée ; s’il s’en écartait, fi se perdrait lui-même, comme se sont déjà perdus ceux qui ont voulu se mettre à la traverse ; mais elle sera plus pénible dans un autre sens, car il aura des luttes plus rudes à soutenir. A toi incombe la charge de la conception, à lui celle de l’exécution ; c’est pourquoi ce devra être un homme d’énergie et d’action. Admire ici la sagesse de Dieu dans le choix de ses mandataires ; tu as les qualités qu’il faut pour le travail que tu dois accomplir, mais tu n’as pas celles nécessaires à ton successeur ; à toi il faut le calme, la tranquillité de l’écrivain qui mûrit les idées dans le silence de la méditation, à lui, il faudra la force du capitaine qui commande un navire d’après les règles tracées par la science. Déchargé du travail de création de l’œuvre sous le poids duquel ton corps succombera, il sera plus libre pour appliquer toutes ses facultés au développement et à la consolidation de l’édifice. »

Dem. : « Pourriez-vous me dire si le choix de mon successeur est arrêté dès ce moment ? »

Rép. : « Il l’est sans l’être, attendu que l’homme ayant son libre arbitre peut reculer au dernier moment devant la tâche qu’il a lui-même choisie. Il faut aussi qu’il fasse ses preuves de capacité, de dévouement, de désintéressement et d’abnégation. S’il n’était mû que par l’ambition et le désir de primer, il serait certainement mis de côté. »

Dem. : « Il a toujours été dit que plusieurs Esprits supérieurs devaient s’incarner pour aider au mouvement. »

Rép. : « Sans doute, plusieurs Esprits auront cette mission, mais chacun aura sa spécialité, et agira par sa position sur telle ou telle partie de la société. Tous se révéleront par leurs oeuvres, et aucun par une prétention quelconque à la suprématie. »

 

Ces notes complémentaires font partie des Prévisions concernant Le Spiritisme, ouvrage ébauché par Allan Kardec, mais que son décès subit l’empêcha de mettre au point. Avec de nombreuses communications sur d’autres sujets et n’intéressant pas la biographie du Fondateur du Spiritisme, elles ont été publiées dans la deuxième partie de ses Œuvres posthumes, ouvrage du plus grand intérêt et dans lequel j’ai dû puiser une grande partie des renseignements concernant la biographie d’Allan Kardec.

Henri Sausse


[1] La suite de cette communication a été reproduite au début de cet ouvrage.

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