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La certitude et le bien-fondé de sa mission, son authenticité, létendue de luvre quil avait à remplir, ainsi que le choix de son successeur, furent toujours, pour Allan Kardec, lobjet dune préoccupation attentive. Pour que le lecteur puisse se faire une idée de limportance que le maître attachait à ces questions, je crois utile de reproduire ici les notes, ci-après, extraites de ses uvres posthumes.
Henri Sausse
« Je suivais depuis quelque temps les séances qui avaient lieu chez M. Roustan, et jy avais commencé la vérification de mon travail qui devait plus tard former "Le Livre des Esprits". Dans une séance intime, à laquelle nassistaient que sept à huit personnes, on sentretenait de différentes choses, relatives aux événements qui pouvaient amener une transformation sociale, lorsque le médium, saisissant la corbeille à bec, écrivit spontanément ce qui suit : Quand le bourdon sonnera, vous le laisserez seulement vous soulagerez votre semblable : individuellement vous le magnétiserez afin de le guérir. Puis, chacun à son poste préparé, car il faudra de tout, puisque tout sera détruit, surtout pour un instant. Il ny aura plus de religion, et il en faudra une, mais vraie, grande, belle et digne du Créateur... Les premiers fondements en sont déjà posés... Toi, Rivail, ta mission est là. (Libre, la corbeille se retourna de mon côté comme laurait fait une personne qui maurait désigné du doigt.) A toi M... lépée qui ne blesse pas, mais qui tue ; contre tout ce qui est, cest toi qui viendras le premier. Lui Rivail, viendra le second cest louvrier qui reconstruit ce qui a été démoli.
Nota : Ce fut la première révélation positive sur ma mission, et javoue que lorsque je vis la corbeille se diriger brusquement vers moi, et me désigner nominativement, je ne pus me défendre dune certaine émotion. »
Demande (à Hahnemann) : « Lautre jour les Esprits mont dit que javais une mission importante à remplir, et men ont indiqué lobjet ; je désirerais savoir si vous la confirmez ? »
Rép. : « Oui, et si tu interroges tes aspirations, tes tendances, et lobjet presque constant de tes méditations, cela ne doit pas te surprendre. Tu dois accomplir ce que tu as rêvé depuis longtemps ; il faut que tu y travailles activement pour être prêt, car le jour est plus proche que vous ne pensez. »
Dem. -. « Pour accomplir cette mission telle que je la conçois, il faut des moyens dexécution qui sont encore loin de moi. »
Rép. : « Laisse la Providence faire son oeuvre, et tu seras satisfait. »
Demande (à la Vérité) : « Bon Esprit, je désirerais savoir ce que vous pensez de la mission qui ma été assignée par quelques Esprits ; veuillez me dire, je vous prie, si cest une épreuve pour mon amour-propre. Jai sans doute, vous le savez, le plus grand désir de contribuer à la propagation de la vérité, mais, du rôle de simple travailleur à celui de Missionnaire en chef, la distance est grande, et je ne comprendrais pas ce qui pourrait justifier en moi une telle faveur, de préférence à tant dautres qui possèdent des talents et des qualités que je nai pas. »
Rép. : « Je confirme ce qui ta été dit, mais je tengage à beaucoup de discrétion si tu veux réussir. Tu sauras plus tard des choses qui texpliqueront ce qui te surprend aujourdhui. Noublie pas que tu peux réussir, comme tu peux faiblir; dans ce dernier cas un autre te remplacerait, car les desseins de Dieu ne reposent pas sur la tête dun homme. Ne parle donc jamais de ta mission ; ce serait le moyen de la faire échouer. Elle ne peut être justifiée que par luvre accomplie, et tu nas encore rien fait. Si tu laccomplis, les hommes sauront le reconnaître tôt ou tard eux-mêmes, car cest aux fruits quon reconnaît la qualité de larbre. »
Dem. : « Je nai certes nulle envie de me targuer dune mission à laquelle je crois à peine moi-même. Si je suis destiné à servir dinstrument pour les vues de la Providence, quelle dispose de moi; dans ce cas je réclame votre assistance et celle des bons Esprits pour maider et me soutenir dans ma tâche. »
Rép. : « Notre assistance ne te fera pas défaut, mais elle serait inutile si, de ton côté, tu ne faisais pas ce qui est nécessaire. Tu as ton libre arbitre ; cest à toi den user comme tu lentends ; aucun homme nest fatalement contraint de faire une chose[1]. »
« Javais eu occasion de voir aux séances de M. Roustan Mme de Cardone. Quelquun me dit, je crois que cest M. Carlotti, quelle avait un talent remarquable pour lire dans la main, je nai jamais cru à la signification des lignes de la main, mais jai toujours pensé que ce pouvait être pour certaines personnes douées dune sorte de seconde vue un moyen détablir un rapport qui leur permettait, comme aux somnambules, de dire parfois des choses vraies. Les lignes de la main ne sont quun prétexte, un moyen de fixer lattention, de développer la lucidité, comme le sont les cartes, le marc de café, les miroirs dits magiques, pour les individus qui jouissent de cette faculté. Lexpérience ma plus dune fois confirmé la vérité de cette opinion. Quoi quil en soit, cette dame mayant engagé à aller la voir, je me rendis à son invitation, et voici le résumé de ce quelle me dit:
Vous êtes né avec une grande abondance de ressources et de moyens intellectuels... force extraordinaire de jugement... votre goût sest formé, gouverné par la tête, vous modérez linspiration par le jugement, vous assujettissez linstinct, la passion, lintuition, à la méthode, à la théorie. Vous avez toujours eu le goût des sciences morales... Amour du vrai absolu... Amour de lart défini. Votre style a du nombre, de la mesure, de la cadence ; mais parfois vous échangeriez un peu votre précision pour de la poésie. Comme philosophe idéaliste, vous avez été assujetti aux opinions dautrui ; comme philosophe croyant vous éprouvez maintenant le besoin de faire secte. Bienveillance judicieuse ; besoin impérieux de soulager, de secourir, de consoler, besoin dindépendance. Vous vous corrigez bien doucement de la promptitude de lemportement de votre humeur. Vous êtes singulièrement propre à la mission qui vous est confiée, car vous êtes plus fait pour devenir le centre de développements immenses que capable de travaux isolés... vos yeux ont le regard de la pensée. Je vois ici le signe de la tiare spirituelle... il est très prononcé... regardez. » (Je regardai et ne vis rien de particulier.)
Dem. : « Quentendez-vous, lui dis-je, par tiare spirituelle ? Voulez-vous dire que je serai pape ? Si cela devait être, ce ne serait certainement pas dans cette existence.
Rép. : « Remarquez que jai dit tiare spirituelle, ce qui veut dire autorité morale et religieuse et non pas souveraineté effective. »
Jai rapporté purement et simplement les paroles de cette dame quelle ma transcrites elle-même ; il ne mappartient pas de juger si elles sont de tous points exactes ; jen reconnais quelques-unes pour vraies, parce quelles sont en rapport avec mon caractère et les dispositions de mon esprit; mais il est un passage évidemment erroné, cest celui où elle dit, à propos du style, que jéchangerais parfois un peu ma précision pour de la poésie, je nai aucun instinct poétique ; ce que je recherche par dessus tout, ce qui me plaît, ce que jestime dans les autres, cest la clarté, la netteté, la précision, et loin de sacrifier celle-ci à la poésie, on pourrait plutôt me reprocher de sacrifier le sentiment poétique à la sécheresse de la forme positive. Jai toujours préféré ce qui parle à lintelligence à ce qui parle à limagination.
Quant à la tiare spirituelle, le "Livre des Esprits" venait de paraître ; la doctrine était à son début, et lon ne pouvait encore préjuger de ses résultats ultérieurs ; je nattachai que peu dimportance à cette révélation, et je me bornai à en prendre note à titre de renseignement.
Cette dame quitta Paris lannée suivante, et je ne la revis que huit ans plus tard, en 1866 ; les choses avaient fait bien du chemin dans cet intervalle. Elle me dit : vous rappelez-vous ma prédiction de la tiare spirituelle ? La voilà réalisée. - Comment la voilà réalisée ? Je ne suis pas, que je sache, sur le trône de Saint Pierre. - Non, aussi nest-ce pas ce que je vous ai annoncé. Mais nêtes-vous pas, de fait, le chef de la doctrine reconnue par les spirites du monde entier ? Ne sont-ce pas vos écrits qui font loi? Vos adeptes ne se comptent-ils pas par millions ? Est-il un homme dont le nom ait plus dautorité que le vôtre en fait de Spiritisme ? Les titres de Grand Prêtre, de pontife, de pape même ne vous sont-ils pas spontanément donnés ? Cest surtout par vos adversaires, et par ironie, je le sais, mais ce nen est pas moins lindice dune grande influence quils vous reconnaissent ; ils pressentent votre rôle, et ces titres vous resteront. En somme, vous avez conquis, sans la chercher, une position morale que personne ne peut vous enlever, car, quelques travaux que lon puisse faire après vous ou concurremment avec vous, vous nen serez pas moins le fondateur reconnu de la doctrine. Dès ce moment vous possédez donc en réalité la tiare spirituelle, cest-à-dire la suprématie morale. Vous voyez donc que je suis dans le vrai. Croyez-vous maintenant un peu plus aux signes de la main ? - Moins que jamais, et je suis convaincu que si vous avez vu quelque chose, ce nest pas dans ma main, mais dans votre propre Esprit, et je vais vous le prouver.
Jadmets dans la main, comme dans le pied, les bras et les autres parties du corps, certains signes physiognomoniques ; mais chaque organe présente des signes spéciaux selon lusage auquel il est affecté et sur ses rapports avec la pensée ; les signes de la main ne peuvent être les mêmes que ceux des pieds, des bras, de la bouche, des yeux, etc. Quant aux plis intérieurs de la main, leur plus ou moins daccentuation tient à la nature de la peau et au plus ou moins dabondance du tissu cellulaire, et comme ces parties nont aucune corrélation physiologique avec les organes des facultés intellectuelles et morales, elles ne peuvent en être lexpression. En admettant même cette corrélation, elles pourraient fournir des indices sur létat présent de lindividu, mais ne sauraient être des signes de présages des choses futures, ni dévénements passés indépendants de la volonté. Dans la première hypothèse, je comprendrais à la rigueur quà laide de ces linéaments on pût dire quune personne possède telle ou telle aptitude, tel ou tel penchant, mais le plus vulgaire bon sens repousse lidée quon puisse y voir si elle a été mariée ou non, combien de fois, et combien elle a eu denfants, si elle est veuve ou non, et autres choses semblables, comme le prétendent la plupart des chiromanciens.
Parmi les plis de la main, il en est un bien connu de tout le monde, et qui figure assez bien un M ; sil est fortement marqué, cest, dit-on, le présage dune vie malheureuse ; mais le mot malheur est français et lon oublie que le mot équivalent ne commence pas par la même lettre dans toutes les langues ; doù il suit que ce pli devrait affecter une forme différente selon la langue des peuples.
Quant à la tiare spirituelle, cest évidemment une chose spéciale, exceptionnelle, et en quelque sorte individuelle, et je suis convaincu que vous navez trouvé ce mot dans le vocabulaire daucun traité de chiromancie. Comment donc vous est-il venu à la pensée ? Par lintuition, par linspiration, par cette sorte de prescience inhérente à la double vue que beaucoup de personnes possèdent sans sen douter. Votre attention était concentrée sur les linéaments de la main, vous avez appliqué lidée à un signe dans lequel une autre personne aurait vu toute autre chose, et auquel vous auriez attribué une signification différente chez un autre individu. »
Lesprit avait promis de mécrire une lettre à loccasion de la nouvelle année ; il avait, disait-il, quelque chose de particulier à me dire et lui ayant demandée dans une des réunions ordinaires, il dit quil la donnerait dans lintimité au médium qui me la transmettrait. Voici la lettre :
Cher ami, je nai pas voulu técrire mardi dernier devant tout le monde, parce quil est certaines choses qui ne peuvent se dire quentre nous. Je voulais dabord te parler de ton ouvrage, celui que tu fais imprimer (Le Livre des Esprits venait dêtre mis sous presse). Ne te donne pas tant de mal soir et matin: tu ten porteras mieux et louvrage ne perdra pas pour attendre.
Daprès ce que je vois, tu es capable de mener ton entreprise à bonne fin, et appelé à faire de grandes choses ; mais nexagère rien ; vois et apprécie tout sainement et froidement ; ne te laisse pas entraîner par les enthousiastes et les trop pressés ; calcule tous tes pas et toutes démarches afin darriver à coup sûr. Ne crois pas plus que tu ne vois ; ne détourne pas la tête de tout ce qui te paraît incompréhensible ; tu en sauras plus quun autre, parce quon te mettra les sujets détude sous les yeux.
Mais hélas ! La vérité ne sera pas encore connue ni crue de tous avant bien longtemps ! Tu ne verras dans cette existence que laurore du succès de ton oeuvre ; il faut que tu reviennes, réincarné dans un autre corps, compléter ce que tu auras commencé et alors tu auras la satisfaction de voir en pleine fructification la semence que tu auras répandue sur la terre.
Tu auras des envieux et des jaloux qui chercheront à te dénigrer et à te contrecarrer ; ne te décourage pas ; ne tinquiète pas de ce quon dira ou fera contre toi ; poursuis ton oeuvre ; travaille toujours au progrès de lhumanité et tu seras soutenu par les bons Esprits tant que tu persévéreras dans la bonne voie. Te souviens-tu quil y a un an jai promis mon amitié à ceux qui, pendant lannée, auraient été convenables dans toute leur conduite ? Eh bien ! Je tannonce que tu es un de ceux que jai choisis entre tous. »
Ton ami qui taime et te protège, Z...
Remarque : Jai dit que Z nétait pas un Esprit supérieur, mais très bon et très bienveillant. Peut-être était-il plus avancé que ne pourrait le faire supposer le nom quil avait pris ; on peut le supposer à en juger par le caractère sérieux et la sagesse de ses communications selon les circonstances. A la faveur de ce nom, il pouvait se permettre un langage familier approprié au milieu où il se manifestait, et dire, ce qui lui arrivait souvent, de dures vérités sous la forme légère de lépigramme. Quoi quil en soit, jai toujours conservé de lui un bon souvenir et de la reconnaissance pour les bons avis quil ma donnés et lattachement quil ma témoigné. Il a disparu avec la dispersion de la famille Baudin, et avait dit quil devait bientôt se réincarner.
« Selon mon appréciation, jestimais quil me fallait encore environ dix ans pour terminer mes travaux, mais je navais fait part de cette idée à personne. Je fus donc très surpris de recevoir dun de mes correspondants de Limoges une communication obtenue spontanément dans laquelle lEsprit, parlant de mes travaux, disait que jen avais bien encore pour dix ans avant de les terminer.
Dem. (A la Vérité) : « Comment se fait-il quun Esprit se communiquant à Limoges, où je ne suis jamais allé, ait dit précisément ce que je pensais sur la durée de mes travaux ? »
Rép. : « Nous savons ce quil te reste à faire et, par conséquent, le temps approximatif quil te faut pour lachever. Il est donc tout naturel que des Esprits laient dit à Limoges et ailleurs pour te donner une idée de la portée de la chose par le travail quelle exige. Cependant le terme de dix ans nest pas absolu; il peut être prolongé de quelques années par des circonstances imprévues et indépendantes de ta volonté. »
Remarque (écrite en décembre 1866) : Jai publié quatre volumes de fond sans parler des choses accessoires. Les Esprits me pressent de publier la Genèse en 1867, avant les troubles. Pendant la période de grande perturbation je devrai travailler aux livres complémentaires de la doctrine qui ne pourront paraître quaprès la grande tourmente, et pour lesquels il me faut bien de trois à quatre ans. Cela nous porte au plus tôt en 1870, cest-à-dire à environ 10 ans.
« Par sa fermeté et sa persévérance, votre Président a déjoué les projets de ceux qui cherchaient à détruire son crédit, à ruiner la Société, dans lespoir de porter un coup fatal à la doctrine. Honneur à lui! Quil sache bien que nous sommes avec lui, et que les Esprits sages seront heureux de pouvoir lassister dans sa mission. Combien y en a-t-il qui voudraient remplir lombre de cette mission, car ils recevraient lombre des bienfaits dont elle est la cause !
Mais cette mission est périlleuse, et pour laccomplir il faut une foi et une volonté inébranlables ; il faut aussi de labnégation et du courage, pour braver les injures, les sarcasmes, les déceptions, et ne pas sémouvoir de la boue jetée par lenvie et la calomnie. Dans cette position, le moins qui puisse arriver, cest dêtre traité de fou et de charlatan. Laissez dire, laissez penser à laise : tout na quun temps, excepté la félicité éternelle. Tout vous sera compté, et sachez bien quil est nécessaire pour être heureux davoir contribué au bonheur des pauvres êtres dont Dieu a peuplé votre terre. Que votre conscience reste donc dans le repos et la sérénité ; cest lavant-coureur du bonheur céleste. »
législation si souvent contraire aux « Le Spiritisme est appelé à jouer un rôle immense sur la terre ; cest lui qui réformera la lois divines ; cdu Christ devenue, dans les mains est lui qui rectifiera les erreurs de lhistoire ; cest lui qui ramènera la religion des prêtres, un commerce et un vil trafic ; il instituera la véritable religion, la religion naturelle, celle qui part du cur et va droit à Dieu, sans séteindra à jamais lathéisme et le arrêter aux franges dune soutane, ou au marchepied dun autel. Il matérialisme auxquels certains hommes ont été poussés par les abus incessants de ceux qui se disent les ministres de Dieu, prêchent la charité avec une épée dans chaque main, sacrifient à leur ambition, et à ldomination des droits les plus esprit de sacrés de lhumanité. » Un esprit.
Dem. (A la Vérité) : « Je viens de recevoir une lettre de Marseille par laquelle on me dit quau séminaire de cette ville on soccupe sérieusement de létude du Spiritisme et du Livre des Esprits. Quen faut-il augurer ? Est-ce que le clergé prendrait la chose à cur ? »
Rép. : « Tu ne peux en douter; il prend la chose très à cur, car il en prévoit les conséquences pour lui, et ses appréhensions sont grandes. Le clergé, surtout la partie éclairée du clergé, étudie le Spiritisme plus que tu ne le crois; mais ne pense pas que ce soit par sympathie ; il y cherche au contraire les moyens de le combattre, et je tassure quil lui fera une rude guerre. Ne ten inquiète pas ; continue dagir avec prudence et circonspection ; tiens-toi en garde contre les pièges qui te seront tendus ; évite soigneusement, dans tes paroles et dans tes écrits, tout ce qui pourrait fournir des armes contre toi. Poursuis ta route sans crainte, et si elle est semée dépines, je tassure que tu auras de grandes satisfactions avant de revenir "un peu" parmi nous. »
Dem. : « Quentendez-vous par ces mots "un peu" ?
Rép. : « Tu ne resteras pas longtemps parmi nous ; il faut bien que tu reviennes terminer ta mission qui ne peut être achevée dans cette existence. Si cétait possible, tu ne ten irais pas du tout, mais il faut subir la loi de la nature. Tu seras absent pendant quelques années, et quand tu reviendras, ce sera dans des conditions qui te permettront de travailler de bonne heure. Cependant il y a des travaux quil est utile que tu termines avant de partir ; cest pourquoi nous te laisserons le temps nécessaire pour les achever. »
Remarque : En supposant approximativement la durée des travaux qui me restent à faire, et en tenant compte du temps de mon absence et des années de lenfance et de la jeunesse, jusquà lâge où un homme peut jouer un rôle dans le monde, cela nous reporte forcément à la fin de ce siècle ou au commencement de lautre.
«Une conversation avec les Esprits ayant amené à parler de mon successeur dans la direction du Spiritisme, je posai la question suivante :
Dem. : «Parmi les adeptes, beaucoup sinquiètent de ce que deviendra le Spiritisme après moi, et se demandent qui me remplacera quand je partirai, attendu quon ne voit personne se dessiner dune manière notoire pour en prendre les rênes. Je réponds que je nai pas la prétention dêtre le seul être indispensable ; que Dieu est trop sage pour faire reposer lavenir dune doctrine qui doit régénérer le monde sur la vie dun homme; que dailleurs il ma toujours été dit que ma tâche est de constituer la doctrine et quil me sera donné le temps nécessaire. Celle de mon successeur sera donc plus facile, puisque la route sera toute tracée, et quil lui suffira de la suivre. Néanmoins, si les Esprits jugeaient à propos de me dire quelque chose de plus positif à ce sujet, je leur en serais reconnaissant. »
Rép. : «Tout cela est rigoureusement vrai ; voici ce quil nous est permis de te dire de plus. Tu as raison de dire que tu nes pas indispensable : tu les aux yeux des hommes parce quil était nécessaire que le travail dorganisation fût concentré dans les mains dun seul pour quil y ait unité ; mais tu ne les pas aux yeux de Dieu. Tu as été choisi, voilà pourquoi tu es seul ; mais tu nes pas, comme tu le sais, du reste, le seul capable de remplir cette mission ; si elle était interrompue pour une cause quelconque, Dieu ne manquerait pas de sujets pour te remplacer. Ainsi quoi quil arrive, le Spiritisme ne peut péricliter. Jusquà ce que le travail délaboration soit achevé, il est donc nécessaire que tu sois seul en évidence, parce quil fallait un drapeau autour duquel on pût se rallier ; il fallait quon te considérât comme indispensable, pour que luvre sortie de tes mains ait plus dautorité dans le présent et dans lavenir ; il fallait même que lon conçût des craintes pour les suites de ton départ.
Si celui qui doit te remplacer était désigné davance, luvre non encore achevée pourrait être entravée; il se formerait contre lui des oppositions suscitées par la jalousie ; on le discuterait avant quil ait fait ses preuves ; les ennemis de la doctrine chercheraient à lui barrer le chemin, et il en résulterait des schismes et des divisions. Il se révélera donc quand le moment sera venu.
Sa tâche sera rendue plus facile, parce que, comme tu le dis, la route sera toute tracée ; sil sen écartait, fi se perdrait lui-même, comme se sont déjà perdus ceux qui ont voulu se mettre à la traverse ; mais elle sera plus pénible dans un autre sens, car il aura des luttes plus rudes à soutenir. A toi incombe la charge de la conception, à lui celle de lexécution ; cest pourquoi ce devra être un homme dénergie et daction. Admire ici la sagesse de Dieu dans le choix de ses mandataires ; tu as les qualités quil faut pour le travail que tu dois accomplir, mais tu nas pas celles nécessaires à ton successeur ; à toi il faut le calme, la tranquillité de lécrivain qui mûrit les idées dans le silence de la méditation, à lui, il faudra la force du capitaine qui commande un navire daprès les règles tracées par la science. Déchargé du travail de création de luvre sous le poids duquel ton corps succombera, il sera plus libre pour appliquer toutes ses facultés au développement et à la consolidation de lédifice. »
Dem. : « Pourriez-vous me dire si le choix de mon successeur est arrêté dès ce moment ? »
Rép. : « Il lest sans lêtre, attendu que lhomme ayant son libre arbitre peut reculer au dernier moment devant la tâche quil a lui-même choisie. Il faut aussi quil fasse ses preuves de capacité, de dévouement, de désintéressement et dabnégation. Sil nétait mû que par lambition et le désir de primer, il serait certainement mis de côté. »
Dem. : « Il a toujours été dit que plusieurs Esprits supérieurs devaient sincarner pour aider au mouvement. »
Rép. : « Sans doute, plusieurs Esprits auront cette mission, mais chacun aura sa spécialité, et agira par sa position sur telle ou telle partie de la société. Tous se révéleront par leurs oeuvres, et aucun par une prétention quelconque à la suprématie. »
Ces notes complémentaires font partie des Prévisions concernant Le Spiritisme, ouvrage ébauché par Allan Kardec, mais que son décès subit lempêcha de mettre au point. Avec de nombreuses communications sur dautres sujets et nintéressant pas la biographie du Fondateur du Spiritisme, elles ont été publiées dans la deuxième partie de ses uvres posthumes, ouvrage du plus grand intérêt et dans lequel jai dû puiser une grande partie des renseignements concernant la biographie dAllan Kardec.
Henri Sausse
[1] La suite de cette communication a été reproduite au début de cet ouvrage.
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